L’enseignement du chinois dans les écoles cambodgiennes, une arme à double tranchant

, L’enseignement du chinois dans les écoles cambodgiennes, une arme à double tranchant

La connaissance d’une langue étrangère ouvre la voie à de nombreuses opportunités, mais représente aussi des inconvénients. Cet article examine les défis que présenteraient l’intégration de la langue chinoise dans le programme des écoles secondaires publiques du Cambodge, selon la perspective de Kimkong Heng, cofondateur et rédacteur en chef du Cambodian Education Forum.

Opinion

 

Un accord de développement commun entre la Chine et le Cambodge 

Selon un article de RFI, suite à la signature d’un accord sur le développement commun entre la Chine et le Cambodge en 2022, un programme d’enseignement de la langue chinoise dans les écoles secondaires publiques est en phase pilote. Des programmes d’enseignement de la langue chinoise dans 20 lycées répartis dans deux ou trois provinces sont testés. Cette question de l’enseignement du chinois soulève cependant plusieurs interrogations, soulignées par Kimkong Heng. Ce dernier est cofondateur et rédacteur en chef du Cambodian Education Forum, une plateforme en ligne créée pour contribuer à la promotion de la recherche et des publications évaluées par les pairs au Cambodge.
 

La langue chinoise, un atout tant politique que professionnel 

L’enseignement du chinois dans les écoles publiques cambodgiennes témoigne de la volonté du Cambodge de renforcer ses relations avec la Chine. Une bonne initiative, compte tenu de la nécessité d’un soutien chinois dans le contexte d’incertitudes croissantes et de défis géopolitiques complexes affectant le Cambodge, la région et le reste du monde.

De plus, l’introduction du chinois dans les écoles secondaires cambodgiennes serait extrêmement bénéfique pour les étudiants, du moins à long terme, car le chinois est l’une des langues les plus parlées au monde.

En outre, dans le contexte de la montée en puissance de la Chine, connaître le chinois est un atout majeur. Les Chinois sont partout. Connaître leur langue permet de communiquer non seulement avec ces derniers dans leur propre pays, mais aussi avec les Chinois de l’étranger. Savoir parler chinois, c’est comme avoir une clé magique pour accéder à de nombreuses opportunités, qu’elles soient sociales, économiques, éducatives ou de divertissement.

AInsi, la connaissance du chinois peut être considérée comme un atout pour l’avenir. Les statistiques prévoient que la Chine dépassera bientôt les États-Unis en tant que première économie mondiale. Bien que cette estimation soit aujourd’hui remise en question, compte tenu du fort ralentissement de la croissance économique chinoise, le monde continuera à ressentir l’influence de la Chine à bien des égards. Ainsi, la connaissance de la langue chinoise permet de mieux comprendre le monde, en particulier tout ce qui est lié à la culture et aux traditions chinoises.

Enfin, l’intégration du chinois dans le programme scolaire cambodgien pourrait réduire les inégalités en matière d’éducation. Il s’agit d’une bénédiction déguisée. Bien que le fait de devoir étudier le chinois en plus d’autres langues étrangères importantes comme l’anglais et le français puisse être un fardeau, cette situation crée une grande opportunité pour les étudiants qui n’ont pas les moyens de s’offrir des cours de chinois privés. En général, seuls les étudiants cambodgiens issus de familles relativement aisées peuvent fréquenter les cours privés de chinois, ce qui désavantage les étudiants issus de familles pauvres, en termes d’éducation et de possibilités d’emploi. Si le chinois était accessible aux élèves des écoles secondaires du secteur public, de nombreux élèves cambodgiens, sinon tous, auraient une chance égale d’opter pour le chinois en tant que langue étrangère de leur choix.

 

Les défis de l’apprentissage du chinois au Cambodge 

Malgré les opportunités, l’apprentissage du chinois dans les écoles cambodgiennes présente des défis. Tout d’abord, pourquoi une autre langue étrangère est-elle nécessaire alors que de nombreux étudiants cambodgiens luttent pour acquérir une maîtrise acceptable de l’anglais, une langue étrangère majeure au Cambodge et dans de nombreuses régions du monde ?

Comme l’ont montré les résultats de l’examen national de 12e année, ces dernières années, de nombreux élèves ont échoué en anglais. Cela a grandement affecté leurs perspectives d’éducation et d’emploi après le lycée. L’anglais reste essentiel pour l’emploi, l’éducation, la recherche et d’autres opportunités. L’ajout d’une autre langue étrangère au programme d’études ne ferait que détourner l’attention des élèves de l’amélioration de leur anglais.

L’intégration d’une nouvelle langue étrangère dans le programme scolaire peut sembler intéressante, mais le système scolaire public est-il prêt à l’accueillir ? Pour introduire efficacement une langue dans un programme, il est nécessaire d’élaborer une politique afin de pouvoir résoudre les problèmes de mise en œuvre.

Des chercheurs de premier plan dans le domaine de la politique et de la planification linguistiques, tels que Richard Baldauf et Robert Kaplan, ont introduit un cadre pour guider la mise en œuvre de ces programmes. Ce cadre comprend sept aspects, dont le niveau d’accès, la gestion du personnel, l’élaboration des programmes, la méthodologie et l’utilisation du matériel, les ressources et le financement, la consultation de la communauté et les stratégies d’évaluation. Dans quelle mesure ces éléments importants ont-ils été pris en compte dans la mise en œuvre de l’accord sur l’introduction du chinois dans le système scolaire ? Comment les besoins sociaux, institutionnels et individuels sont-ils pris en compte dans le processus de décision et de mise en œuvre ?

En outre, cette initiative pourrait exacerber l’image déjà ternie du Cambodge sur la scène internationale. Bien que le lien puisse sembler lointain, le fait d’adopter la langue chinoise au niveau national de cette manière pourrait signaler aux critiques et aux observateurs que Phnom Penh se rapproche de plus en plus de l’orbite de Pékin. Cela renforcerait inutilement la perception négative largement répandue selon laquelle le Cambodge est un “État client” de la Chine ou son mandataire, en particulier aux yeux des principaux concurrents de ce pays, tels que les États-Unis.

Enfin, la question de la langue, de la culture et de l’identité pourrait être préoccupante. Il ne fait aucun doute que l’étude d’une langue étrangère améliore la capacité d’une personne à comprendre la culture liée à cette langue ; cependant, dans le même temps, cela peut affecter son identité et sa façon de voir le monde. Les langues et cultures étrangères ont fait des ravages dans la langue et la culture khmères sous l’effet des différentes forces de la mondialisation au cours des dernières années. Il est toujours prudent de considérer la préservation de la langue et de la culture khmères comme une priorité lorsqu’il s’agit de prendre des décisions importantes susceptibles de les affecter à court, moyen ou long terme.

 

En conclusion, il reste à voir comment cette récente initiative visant à intégrer la langue chinoise dans le programme de l’enseignement secondaire public cambodgien se déroulera. Toutefois, il est essentiel de débattre de questions comme celle-ci qui peuvent influencer la société. Cela permet de stimuler la pensée critique et indépendante et d’encourager les échanges de points de vue alternatifs nécessaires à l’émergence d’une culture saine de discussion et de débat dans la société cambodgienne.
 

Avec l’aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis de traduire cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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