
Le 26 octobre dernier, avec pompe et fracas, Donald Trump se félicitait, à Kuala Lumpur, en Malaisie, d’avoir obtenu, en deux coups de fil, un armistice entre les deux ennemis héréditaires du Cambodge et de la Thaïlande. Le faiseur de paix de la Maison Blanche assurait avoir tué dans l’œuf le conflit qui, en cinq jours, avait causé la mort de 43 personnes et provoqué le déplacement de 300 000 civils à la frontière entre les deux pays du Sud-Est asiatique.
Six semaines plus tard… Patatras ! Après des échanges de tirs qui ont débuté dimanche 7 décembre, le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge a de nouveau pris une dimension dramatique. En ce début de semaine, l’aviation thaïlandaise a bombardé des positions militaires cambodgiennes, détruit un casino soupçonné d’avoir abrité des activités de cyberfraude. Phnom Penh a annoncé mardi, que sept civils avaient été tués. Côté thaïlandais, on dénombre trois morts, Plusieurs milliers d’habitants ont été évacués de part et d’autre de la frontière.
Les origines de la haine entre les deux royaumes sont ancestrales
Une escalade inquiétante alors que débute la haute saison touristique dans les deux pays. Avec 35 à 40 millions de vacanciers attendus en Thaïlande et 7 millions au Cambodge. Certes, ces incidents se déroulent loin des flots céladon de la mer Andaman ou des temples d’Angkor Vat. Mais, l’heure semble être plutôt à l’aggravation qu’à l’apaisement entre deux pays autoritaires et au nationalisme exacerbée.
Du XIIIᵉ au XVIIIᵉ siècle, ils se sont affrontés pour des plateaux frontaliers (Dangrek, Pailin, Battambang), des routes commerciales entre le golfe de Thaïlande et le Mékong et surtout de villes stratégiques comme Angkor, plusieurs fois occupée par le royaume siamois. Mais le grand schisme date de la colonisation française du Cambodge et du tracé de leur frontière commune établie par la puissance coloniale. Le Cambodge et la Thaïlande s’accusent mutuellement d’empiéter sur leurs territoires respectifs. Principale source de discorde, le temple de Preah Vihear. Inscrit au patrimoine de l’humanité, ce temple érigé durant au sommet d’une colline, dédié au dieu hindou Shiva au Xe siècle est revendiqué par la Thaïlande.
La situation politique des deux pays exacerbe la situation
La décision, en 1962, par la Cour internationale de le reconnaître comme cambodgien a été vécue, en Thaïlande, comme une blessure nationale, un symbole de perte territoriale et un diktat des puissances occidentales. À plusieurs reprises, des escarmouches se déroulent sur la zone. En 2011, le site a même été le théâtre de batailles ouvertes avec tirs de roquettes, combats d’artillerie et des morts par dizaines. Une relative paix armée régnait jusqu’à cet été et les affrontements meurtriers. Le 24 juillet, des tirs de roquettes BM-21 de fabrication russe, imputés à l’armée cambodgienne, avaient fait 14 morts civils bien au-delà des zones disputées.
La situation politique des deux pays exacerbe la situation. En Thaïlande, les militaires qui contrôlent encore largement le pouvoir, malgré un retour très fragile de la démocratie, en 2020, utilisent le dossier Preah Vihear pour se présenter en garants de l’unité nationale et mobiliser l’opinion publique. À l’approche d’élections prévues début 2026, le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, affiche une ligne dure. Le chef d’état-major de l’armée thaïlandaise, Chaiyapruek Duangprapat, a promis, lundi, de « neutraliser durablement les capacités militaires du Cambodge, dans l’intérêt de la sécurité leurs enfants ».
Bangkok dispose de 245 000 soldats, contre 124 300 du côté de Phnom Penh
Au Cambodge la dynastie Hun Sen qui dirige le pays depuis quatre décennies use du sentiment national anti-thaïlandais comme moteur de sa légitimité. Hun Mamet, le fils d’Hun Sen, actuel Premier ministre, dénonce une « agression » et une « invasion » thaïlandaises et enjoint au peuple de « riposter pour défendre son territoire ».
Au-delà de son budget militaire près de cinq fois plus élevé que son adversaire, Bangkok dispose de 245 000 soldats, contre 124 300 du côté de Phnom Penh, ainsi que d’un matériel bien plus abondant et moderne. Les risques d’un conflit meurtrier qui s’éternise dans le temps et provoque de nombreuses victimes civiles sont aujourd’hui importants.
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