Arrestation et poursuites dans la province d’Oddar Meanchey
LUOT Sophal, 38 ans, journaliste pour Srotop Yuvakvey Online News, a été arrêté le 13 février dans le district de Chong Kal, dans la province d’Oddar Meanchey. Il est inculpé au titre des articles 472, 494 et 495 du Code pénal pour démoralisation des forces armées et incitation à commettre un crime.
Selon l’organisation de défense des droits humains LICADHO, les poursuites font suite à la publication, le 7 février, d’une vidéo sur son compte Facebook personnel. Le journaliste y évoquait une supposée pénurie d’eau affectant des soldats en première ligne et montrait une photographie de dirigeants gouvernementaux.
Dans un communiqué, le tribunal provincial a estimé que LUOT Sophal avait commis un « acte répétitif », qualifiant ses publications de récurrentes et démoralisantes pour les forces armées.
Sa famille affirme avoir été informée de sa détention seulement dans la soirée du 14 février.
Le témoignage d’une famille sous le choc
PHAL Liza, 18 ans, raconte sa première visite à la prison provinciale d’Oddar Meanchey. Elle dit ne pas pouvoir oublier la vision de son père, vêtu de l’uniforme orange des détenus, derrière les barreaux.
« J’étais sous le choc. Je n’ai jamais imaginé que son travail de journaliste le conduirait en prison. Il a même publié une vidéo d’excuses. Je ne comprends pas pourquoi il a quand même été arrêté. Quand je l’ai vu en prison, je tremblais. Je n’ai jamais pensé que cela arriverait. »
Elle explique que son père avait été convoqué par le gouverneur provincial à 21 heures le 13 février, alors qu’il dînait dans le district de Krolanh, à Siem Reap. Il revenait vers Oddar Meanchey après l’avoir aidée à lancer une petite activité de café, destinée à compenser deux mois sans revenus liés à un déplacement causé par des tensions frontalières.
Selon elle, son intention était d’alerter sur les difficultés rencontrées par les soldats et de favoriser un accès à l’eau, non de provoquer des troubles.
Des organisations mobilisées
PHUN Chhin, coordinateur provincial de LICADHO à Oddar Meanchey, indique que le journaliste pourrait faire face à jusqu’à quatre mois de détention provisoire avant qu’une décision ne soit prise quant à sa libération ou à la poursuite de la procédure.
« Nous suivons l’affaire de près. Si on nous le demande, nous fournirons une assistance juridique et un soutien à sa famille. »
Il estime que rendre compte des conditions à la frontière afin d’informer le public ne devrait pas constituer une infraction, rappelant que les citoyens ont le droit d’être informés des développements nationaux.

Un journaliste filme dans la zone où les autorités thaïlandaises ont installé des conteneurs maritimes et du fil barbelé. Photo : Chhorn Sophat
Le Comité pour la protection des journalistes appelle également à sa libération. Son représentant principal pour l’Asie du Sud-Est, Shawn Crispin, déclare : « Le journaliste LUOT Sophal n’a commis aucun crime en se contentant de rapporter les faits et devrait être libéré sans inculpation. Les autorités cambodgiennes doivent cesser de traiter les journalistes comme des criminels et leur permettre de couvrir les questions d’intérêt public sans crainte d’arrestation ou d’emprisonnement. »
Selon l’Association de l’Alliance des journalistes cambodgiens (CamboJA), au moins six journalistes ont été arrêtés et inculpés au cours du seul mois de février 2026. Arrestations arbitraires, détentions de courte durée, confiscations de matériel et poursuites pénales sont évoquées par les défenseurs de la liberté de la presse, qui y voient le signe d’une pression accrue sur le journalisme indépendant au Cambodge.
Une famille privée de son principal soutien
Au-delà des poursuites judiciaires, l’arrestation de LUOT Sophal fragilise l’équilibre économique de son foyer. Il laisse derrière lui son épouse, VERN Lorng, 38 ans, et leurs quatre enfants. Deux proches âgés dépendent également du couple.
Journaliste depuis environ un an, sans salaire régulier, il couvrait notamment le conflit frontalier. Parallèlement, il cultivait la canne à sucre et travaillait avec son épouse à la vente ambulante de jus de canne à sucre et de palourdes séchées dans le village d’O’ Smach.
« Maintenant qu’il est en prison, je dois trouver un moyen de survivre sans lui. Je devrai travailler deux fois plus dur. J’ai un prêt bancaire à rembourser et des enfants à nourrir. Pour l’instant, je continuerai aussi longtemps que je le pourrai. Je trouverai une autre solution. »
Le couple venait de rentrer d’un site de déplacement après l’apaisement des tensions frontalières et tentait de relancer son activité pour compenser les pertes subies. Leur fille Liza prévoit de poursuivre l’ouverture de son café, malgré l’absence de son père.
Leurs deux fils aînés, âgés de 13 et 11 ans, se disent inquiets. Leur plus jeune enfant, âgé de trois ans, aurait demandé à son père de rentrer à la maison lors d’une visite en prison.
« Je demande au Premier ministre d’intervenir et de libérer mon mari. S’il est libéré, je ne lui permettrai pas de retourner au journalisme. Nous voulons seulement une vie simple et tranquille. », déclare VERN Lorng.
Sa fille ajoute : « Mon père n’a jamais eu l’intention de provoquer le chaos. Il voulait seulement aider les soldats. S’il vous plaît, libérez-le. »
Dans l’attente d’une décision judiciaire, la famille tente de maintenir son activité et de préserver une stabilité fragile, tandis que l’affaire relance les interrogations sur les conditions d’exercice du journalisme au Cambodge.
Par TENG Yalirozy
Avec l’aimable autorisation de Cambodianess qui nous permet d’offrir cet article à un lectorat francophone.
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