Thaïlande-Cambodge : plusieurs morts après des affrontements militaires entre les deux pays

, Thaïlande-Cambodge : plusieurs morts après des affrontements militaires entre les deux pays

12 morts et 35 blessés, selon l’armée thaïlandaise

Des frappes cambodgiennes ont tué douze personnes, dont onze civils, et fait 35 blessés, a rapporté jeudi 24 juillet l’armée thaïlandaise, engagée dans des affrontements frontaliers d’une intensité inédite en près de quinze ans. Le Cambodge n’a communiqué aucun bilan jusque-là.

Les combats se concentrent autour de six endroits, a indiqué l’armée thaïlandaise, où des troupes au sol soutenues par des tanks se battent contre les forces cambodgiennes pour le contrôle du terrain.

Le Cambodge réclame une « réunion d’urgence » de l’ONU

Le premier ministre cambodgien Hun Manet a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU après des affrontements d’une intensité rare avec la Thaïlande voisine.

« Considérant les récentes agressions extrêmement graves de la Thaïlande, qui ont gravement menacé la paix et la stabilité dans la région, je vous demande sincèrement de convoquer une réunion d’urgence du Conseil de sécurité pour mettre fin à l’agression de la Thaïlande », a écrit Hun Manet dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité, Asim Iftikhar Ahmad.

Le Cambodge dénonce « l’agression militaire »

Le Cambodge a accusé la Thaïlande d’avoir lancé « une agression militaire non provoquée », alors que les deux voisins sont engagés dans une escalade militaire d’une violence jamais vue en près de quinze ans.

Le ministère khmer des affaires étrangères a condamné dans « les termes les plus forts » l’action « inconsciente et hostile » de la Thaïlande, dans un communiqué.

La Chine déconseille les voyages dans la zone

La Chine a déconseillé à ses ressortissants de voyager dans la zone frontalière entre le Cambodge et la Thaïlande, théâtre d’affrontements entre les deux pays.

L’ambassade de Chine au Cambodge « rappelle à ses ressortissants, en particulier ceux se trouvant près des zones de conflit, de suivre de près la situation sécuritaire locale, de redoubler de vigilance, (…) et d’éviter de se rendre dans les zones frontalières entre le Cambodge et la Thaïlande », selon une publication de l’ambassade sur les réseaux sociaux.

« Nous sommes profondément préoccupés par les développements actuels et espérons que les deux parties pourront résoudre le problème de façon adéquate par le dialogue et la consultation », a indiqué lors d’un point presse régulier Guo Jiakun, un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, ajoutant que Pékin maintenait une « position juste et impartiale ».

Une opposition militaire de longue date

Les deux royaumes d’Asie du Sud-Est s’opposent de longue date sur le tracé de leur frontière commune, définie du temps de l’Indochine française.

Fin mai, la mort d’un soldat cambodgien lors d’échanges de tirs en pleine nuit, dans une autre zone disputée de la frontière, surnommée le « Triangle d’émeraude », a mis le feu aux poudres entre Bangkok et Phnom Penh, qui ont drastiquement réduit leurs échanges économiques et diplomatiques. Ce jeudi, le Cambodge a indiqué avoir rétrogradé au « plus bas niveau » les relations diplomatiques avec son voisin.

La veille, Bangkok a rappelé son ambassadeur en place à Phnom Penh et expulsé celui cambodgien de son territoire, après qu’un soldat thaïlandais a perdu une jambe en marchant sur une mine à la frontière. Une enquête de l’armée thaïlandaise a permis de déterminer que le Cambodge avait posé de nouvelles mines terrestres à la frontière, ont indiqué les autorités thaïlandaises. Le Cambodge a rejeté ces accusations, et indiqué que des zones frontalières restent infestées de mines actives datant de « guerres du passé ».

Un civil thaïlandais tué

Le Bureau du premier ministre thaïlandais a annoncé la mort d’un civil thaïlandais dans une frappe d’artillerie cambodgienne, dans la province frontalière de Surin (nord-est). « Un obus d’artillerie cambodgien a frappé la maison d’un civil thaïlandais, tuant une personne, blessant grièvement un enfant de cinq ans et faisant deux autres blessés », a indiqué la même source dans un communiqué.

Frappes aériennes au Cambodge

Des avions de combat F-16 de l’armée thaïlandaise ont frappé deux « cibles militaires » cambodgiennes, quelques heures après un échange de tirs dans une zone contestée de la frontière qui a ravivé les tensions, a indiqué l’armée thaïlandaise.

Six F-16 déployés depuis la province d’Ubon Ratchathani (nord-est) ont ciblé « deux cibles militaires cambodgiennes au sol », a déclaré le porte-parole adjoint des forces armées, Ritcha Suksuwanon.

Les Thaïlandais appelés à quitter le Cambodge

L’ambassade de Thaïlande à Phnom Penh a demandé jeudi à tous ses ressortissants au Cambodge de quitter le pays. Tous les Thaïlandais doivent partir « le plus tôt possible » du Cambodge, sauf raison impérieuse de rester, a écrit l’ambassade sur Facebook.

Le premier ministre thaïlandais par intérim, Phumtham Wechayachai, a déclaré que « la situation exigeait une gestion prudente » et « d’agir conformément au droit international ». « Nous ferons de notre mieux pour protéger notre souveraineté », a-t-il déclaré.

Avant ces affrontements, des tensions politiques et économiques

Avant les affrontements de ce jeudi, les tensions latentes ont récemment conduit le Cambodge à suspendre l’importation de certains produits thaïlandais, et la Thaïlande à restreindre les déplacements aux points de passage à la frontière.

Elles ont aussi provoqué de manière indirecte la suspension de la première ministre thaïlandaise Paetongtarn Shinawatra, à la suite d’un scandale provoqué par la fuite, côté cambodgien, d’un appel avec Hun Sen, qui a gouverné le Cambodge pendant près de quarante ans.

Accusée de manquements à l’éthique, Paetongtarn attend la décision de la Cour constitutionnelle qui peut la destituer. Côté cambodgien, le premier ministre Hun Manet, le fils d’Hun Sen, a récemment annoncé la mise en place à partir de 2026 d’un service militaire obligatoire qu’il souhaite de 24 mois, pour tous les jeunes âgés de 18 à 30 ans.

Ce qu’il s’est passé

De nouveaux affrontements entre le Cambodge et la Thaïlande à leur frontière disputée ont éclaté, selon Bangkok. Des échanges de tirs ont eu lieu autour de deux vieux temples datant de l’époque d’Angkor (IXe-XVème siècles), au niveau de la province thaïlandaise de Surin et celle cambodgienne d’Oddar Meanchey, a précisé une source gouvernementale cambodgienne.

Les deux armées se sont mutuellement accusées d’avoir ouvert le feu en premier. « Vers 8 h 20 (01 h 20 GMT), les forces cambodgiennes ont ouvert vers le feu en direction du flanc est du temple Prasat Ta Muen Thom, à environ 200 mètres de la base thaïlandaise », a annoncé l’armée thaïlandaise dans un communiqué. La Thaïlande a également accusé le Cambodge d’avoir utilisé un drone sur le site contesté, vers 07 h 35. Six soldats cambodgiens armés, équipés notamment d’un lance-grenade, se seraient par la suite approchés d’une clôture barbelée, a affirmé l’armée, assurant que les troupes thaïlandaises ont crié dans leur direction pour éviter un affrontement.

« L’armée thaïlandaise a violé l’intégrité territoriale du Cambodge en lançant une attaque armée sur les forces cambodgiennes », a indiqué de son côté Maly Socheata, la porte-parole du ministère cambodgien de la défense. « Les forces armées cambodgiennes ont exercé leur droit de légitime défense, en pleine conformité avec le droit international, pour repousser l’incursion thaïlandaise », a-t-elle poursuivi.

Il s’agit de l’escalade militaire la plus grave en près de 15 ans entre les deux pays. L’épisode moderne le plus violent lié à la frontière remonte à des affrontements autour du temple de Preah Vihear entre 2008 et 2011, qui avaient fait au moins 28 morts et des dizaines de milliers de déplacés.

{link} Ce post a été trouvé sur internet par notre rédaction voici la source Source