
Le Cambodge a annoncé mardi avoir engagé une procédure de conciliation obligatoire en vertu du droit international afin de résoudre un litige frontalier maritime de longue date avec la Thaïlande, précisant en avoir informé les Nations Unies et Bangkok.
Cette initiative fait suite à la décision du gouvernement thaïlandais, le mois dernier, de résilier unilatéralement un accord de 2001 avec le Cambodge. Ce texte fournissait un cadre de négociation pour la zone contestée du golfe de Thaïlande, où les revendications maritimes des deux pays se chevauchent.
‘Nous avons franchi cette étape pour protéger la souveraineté et les droits maritimes du Cambodge, conformément au droit international’, a déclaré le Premier ministre cambodgien Hun Manet.
Le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul, qui avait fait de l’annulation du pacte de 2001 un axe de sa campagne électorale en février, a affirmé ne pas avoir été informé de l’engagement de cette procédure par le Cambodge.
‘La Thaïlande n’a pas encore déterminé quand elle donnera suite à cette affaire’, a-t-il déclaré aux journalistes.
La démarche du Cambodge souligne une divergence potentielle entre les deux voisins dans la résolution de leurs vieux contentieux frontaliers, bien que le fragile cessez-le-feu ayant mis fin au conflit frontalier terrestre meurtrier de l’an dernier soit toujours respecté.
300 MILLIARDS DE DOLLARS DE RESSOURCES ÉNERGÉTIQUES
En vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), une procédure de conciliation obligatoire permet à un panel d’experts indépendants d’examiner un différend et de formuler des recommandations, bien que ses conclusions ne soient contraignantes pour aucune des parties.
La Thaïlande avait précédemment indiqué qu’elle utiliserait la CNUDM comme cadre de référence tout en privilégiant des négociations directes avec le Cambodge sur la délimitation maritime. Anutin a de nouveau fait référence à la CNUDM ce mardi.
Le litige maritime porte sur environ 26 000 km2 dans le golfe de Thaïlande, une zone de chevauchement des revendications (OCA) qui recèlerait près de 12 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel et d’importantes quantités de pétrole, pour une valeur estimée à 300 milliards de dollars.
Le choc pétrolier découlant du conflit iranien a créé une nouvelle urgence pour résoudre ce différend et libérer les ressources énergétiques sous-marines, a confié le ministre cambodgien de l’Energie à Reuters la semaine dernière.
UN PROCESSUS SOUS LA SUPERVISION DU CHEF DE L’ONU
Le Cambodge a nommé le ministre des Affaires étrangères Prak Sokhonn comme agent pour la procédure, aux côtés du diplomate danois Peter Taksøe-Jensen et de l’universitaire français Jean-Marc Thouvenin en tant que conciliateurs, a indiqué le gouvernement dans un communiqué.
‘La Thaïlande dispose désormais de 21 jours pour nommer deux de ses propres conciliateurs. Les conciliateurs choisiront ensuite un président pour finaliser une commission de conciliation, supervisée par le Secrétaire général de l’ONU’, ajoute le communiqué.
Le ministère thaïlandais des Affaires étrangères n’a pas répondu immédiatement aux demandes de commentaires.
La Thaïlande a répétément rejeté les tentatives cambodgiennes de résoudre les litiges par des mécanismes internationaux, y compris la Cour internationale de Justice, insistant plutôt sur des négociations bilatérales.
Un cessez-le-feu est en vigueur entre les deux pays depuis fin décembre, après deux vagues d’affrontements le long de leur frontière terrestre de 817 km l’an dernier, dont la première s’est achevée après une intervention du président américain Donald Trump.
Chaque camp a accusé l’autre d’avoir déclenché les combats, qui ont fait près de 150 morts et entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes.
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