
Opinion
Un phénomène de « PhD inflation »
L’enseignement doctoral au Cambodge fait l’objet de critiques croissantes. Deux options se présentent désormais : laisser se poursuivre l’inflation des PhD, ou agir pour préserver l’intégrité du système éducatif et, plus largement, de la société.
Depuis plusieurs semaines, Cambodianess publie des articles d’opinion questionnant la qualité et la crédibilité des programmes doctoraux locaux. L’un s’interrogeait sur la capacité du pays à tirer parti du nombre croissant de titulaires de doctorat, un autre soulignait que le système se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.
Sans réformes structurelles profondes, le problème de cette « inflation des PhD » ne fera que s’aggraver, affaiblissant davantage l’enseignement supérieur et pesant sur le monde académique cambodgien.
Une critique ancienne, mais toujours d’actualité
Un éditorial publié le 7 septembre par Cambodianess a mis en avant la « PhD Mania », où la quête du doctorat serait devenue davantage une question de statut que de substance ou de véritable recherche scientifique. Ces inquiétudes ne datent pas d’hier : dès 2011, un article intitulé Cambodia’s PhD Mania Leads Elites to Degree Inflation dénonçait déjà les risques d’une multiplication incontrôlée des doctorats sans véritable garantie de qualité.
Chercheurs et analystes ont, à plusieurs reprises, mis en garde contre ce phénomène. Certains insistent sur l’urgence d’une réaction collective impliquant le gouvernement, le ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports, les établissements d’enseignement supérieur et les responsables académiques.
Des doctorats à la portée de tous ?
Le Cambodge compte aujourd’hui 25 programmes doctoraux proposés par des universités publiques et privées. Ce nombre devrait augmenter avec la demande, mais suscite de sérieuses inquiétudes. Il est largement admis qu’il est parfois possible d’« acheter » un doctorat, comme s’il s’agissait d’un simple billet de train, au lieu de l’obtenir à l’issue d’années de recherche rigoureuse.
Cette perception nuit à la crédibilité de l’ensemble du secteur. Même les doctorats obtenus à la sueur de leur front par des étudiants investis sont éclaboussés par le soupçon. Au lieu d’être valorisés, ils risquent d’être assimilés à ces diplômes de complaisance.
Le vrai contre le faux
Il serait erroné de conclure que tous les doctorats délivrés par les universités cambodgiennes sont de faible qualité. Nombre d’étudiants consacrent temps et efforts considérables à leurs recherches. Mais la coexistence de diplômes authentiques et de diplômes douteux entretient une confusion délétère.
Si les faux doctorats ne sont pas dénoncés, tous finiront par être « peints du même pinceau » : celui de la fraude, de la médiocrité ou de la facilité. Cette situation nourrit la défiance du public et accentue la fracture sociale.
Agir maintenant ou laisser faire ?
Face à ce constat, deux choix se présentent : se taire et laisser la situation miner progressivement la crédibilité de l’académie cambodgienne, ou agir immédiatement. Cela suppose des décisions fermes de la part des acteurs compétents.
Certains estiment qu’aborder ce problème publiquement n’est pas opportun, arguant que l’enseignement supérieur n’a commencé à se redresser qu’après des décennies de guerre. Mais cela fait près de trente ans que l’enseignement supérieur est ouvert au secteur privé, et le phénomène de l’inflation des doctorats persiste. Des universités de faible qualité ont certes disparu, mais de nouvelles apparaissent, parfois tout aussi contestables.
Une question pour l’avenir
Que se passera-t-il en 2030 ou en 2050, lorsque le Cambodge ambitionnera de devenir un pays à revenu intermédiaire supérieur puis à revenu élevé ? Le pays doit-il attendre, ou dès aujourd’hui renforcer l’exigence de qualité de ses plus hauts diplômes ?
L’enseignement doctoral est à un tournant. Le Cambodge peut poursuivre sur la voie actuelle, au risque de voir se multiplier des doctorats de complaisance, ou décider de réformer pour hisser la qualité et redonner à ces diplômes leur valeur.
Le choix est entre nos mains. L’avenir du pays dépend de doctorats authentiques, exigeants et crédibles, seuls capables de développer le capital humain dont le Cambodge a besoin pour atteindre sa vision 2050.
Heng Kimkong est enseignant-chercheur cambodgien et cofondateur du Cambodian Education Forum.
Les opinions exprimées dans cet article sont les siennes.
Avec l’aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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