
Le 3 octobre dernier, on a pu penser que le nouveau Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, se rangeait du côté des ultranationalistes. “Que ceux qui veulent rouvrir la frontière lèvent la main !” a-t-il lancé, avant d’ajouter, devant l’absence de mains levées : “Vous allez finir lynchés !” Sauf que, dans la vie politique thaïlandaise, les choses sont rarement ce qu’elles ont l’air d’être.
Sous ses airs de mise en garde abrupte, le message s’adressait sans doute moins aux voisins qu’aux ultranationalistes précisément, dont le dogmatisme obtus enferme la Thaïlande et le Cambodge dans un cercle vicieux d’hostilités. Les propos cités, débarrassés de leur apparente tension, peuvent aussi se lire comme une réprimande – comme un appel à la raison, contre cet extrémisme galopant qui tente d’occulter les vrais coûts de ce conflit, autant pour la Thaïlande que pour le Cambodge.
Combien de temps la Thaïlande pourra-t-elle encaisser les dégâts à long terme qu’inflige cet affrontement à son économie transfrontalière, aux liens fragiles qui la relie au Cambodge et à la crédibilité de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) comme pilier de la stabilité régionale ? Telle est la question que semblait poser, en creux, le Premier ministre.
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Le même jour, de l’autre côté de la frontière, le vice-Premier ministre cambodgien, Hun Many [frère du Premier ministre, Hun Manet], invitait à l’humilité et à l’espoir.
“Nous avons été blessés. Nous avons été humiliés. Mais nous nous devons d’aller de l’avant, vers la réconciliation, et vers la coexistence, pour le bien des générations à venir.”
Un message, non de capitulation, mais de courage moral : un appel à dépasser l’humiliation pour reconquérir la dignité, à travers le dialogue.
Sentiment d’urgence
Il y a derrière ces appels de chaque côté de la frontière, un sentiment d’urgence que rien ne peut minimiser. Le 24 juillet, la Thaïlande et le Cambodge sont entrés brutalement dans un affrontement autour de leur frontière, disputée de longue date. Cinq jours d’échanges de tirs et de frappes aériennes, faisant un nombre de victimes [plusieurs dizaines de morts, des centaines de blessés et plus de 300 000 déplacés de part et d’autre de la frontière] jamais vu depuis une décennie. Le 28 juillet, Phnom Penh et Bangkok ont signé un cessez-le-feu à Kuala Lumpur, grâce à la médiation du Premier ministre de Malaisie, Anwar Ibrahim – qui dirige la présidence tournante de l’Asean –, soutenu par les États-Unis et la Chine.
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