
Depuis plusieurs mois, la Corée du Sud s’alarme d’une nouvelle forme d’esclavage moderne. Des centaines de ses citoyens ont disparu après avoir été attirés par de fausses offres d’emploi au Cambodge, avant d’être forcés à travailler dans des centres spécialisés dans les scams et autres fraudes en ligne. Séoul a décidé de réagir.
D’après les autorités sud-coréennes, 330 ressortissants ont été portés disparus cette année après être partis au Cambodge dans l’espoir d’un emploi bien rémunéré. Parmi eux, un étudiant de 22 ans retrouvé mort en août, victime de tortures selon les autorités locales. D’autres rescapés ont raconté avoir été enfermés, battus, souvent contraints de participer à des escroqueries visant leurs compatriotes, résume un article du New York Times.
Lors d’une conférence de presse, Wi Sung-lac, directeur de la sécurité nationale, a confirmé que 79 ressortissants sud-coréens restent introuvables. En parallèle, une soixantaine de personnes, détenues par les autorités cambodgiennes, pourraient bientôt être rapatriées. Pour Séoul, il s’agit d’un dossier diplomatique sensible, mais aussi d’un enjeu moral et politique.
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Le Cambodge est devenu, avec la Birmanie et le Laos, l’un des épicentres mondiaux de la criminalité en ligne. Des réseaux transnationaux y exploitent des dizaines de milliers de personnes, recrutées par le biais de fausses annonces promettant des salaires de rêve. Les victimes se retrouvent piégées dans des complexes surveillés, contraintes de monter des arnaques en ligne – trading fictif, crypto-actifs imaginaires, romances frauduleuses– pour soutirer des sommes colossales à des internautes du monde entier.
Selon le gouvernement américain, ces opérations ont généré plus de 10 milliards de dollars de pertes (8,6 milliards d’euros environ) rien qu’aux États-Unis l’an dernier. En Corée du Sud, les dommages se chiffrent à près de 150 millions de dollars (129 millions d’euros environ).
Une économie souterraine mondialisée
Après la Chine, qui a lancé une vaste répression en février contre ces «centres à escroqueries» en Birmanie et au Cambodge, les États-Unis et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions au conglomérat cambodgien Prince Group, qu’ils soupçonnent d’avoir bâti un empire sur ces activités illicites. Son président, Chen Zhi, a été inculpé par la justice américaine, qui lui reproche d’avoir blanchi des milliards via des crypto‑transactions.
Face à ce système mafieux, la Corée du Sud interdit désormais les voyages vers plusieurs régions cambodgiennes jugées à risque. Dans le même temps, elle promet de renforcer la sensibilisation aux arnaques de recrutement et aux offres trop alléchantes publiées sur les réseaux sociaux ou Telegram, où circulent les annonces proposant jusqu’à cinq millions de wons par semaine (environ 3.000 euros).
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Pour Wi Sung-lac, l’ampleur du phénomène dépasse largement le cadre de la péninsule coréenne: environ 200.000 personnes, venues d’Asie, d’Afrique ou du Moyen‑Orient, seraient aujourd’hui contraintes de travailler dans ces campements numériques. Près d’un millier seraient sud-coréennes. Même de jeunes Coréens, parfois conscients de la nature illégale de l’activité, rejoignent ces réseaux, attirés par la promesse de gains rapides.
Les témoignages recueillis par les ONG évoquent des conditions d’une extrême brutalité. Lee Jeong-sook, présidente de l’organisation Korean Rescue, décrit des travailleurs enfermés, battus, drogués, voire victimes d’extorsion vis-à-vis de leur famille. Certains auraient été soumis à des examens médicaux forcés, possiblement liés à du trafic d’organes. «Chaque minute est une question de vie ou de mort», a alerté le député Park Chan-dae lors d’une audition parlementaire.
La mort de l’étudiant Park Min-ho, 22 ans, a bouleversé l’opinion publique. Selon la police cambodgienne, son décès est dû à un infarctus consécutif à de sévères tortures. Cinq personnes, dont trois citoyens chinois, ont été inculpées dans cette affaire. Leur arrestation s’inscrit dans une coopération judiciaire croissante entre Phnom Penh et Séoul, même si beaucoup doutent encore de l’efficacité des poursuites.
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Ces derniers mois, Pékin a déjà rapatrié des centaines de ses propres citoyens après des descentes dans des «zones grises» frontalières. Mais le retrait partiel des triades chinoises aurait ouvert de nouvelles opportunités pour d’autres groupes criminels –japonais, coréens ou mixtes. «La répression chinoise a créé un vide, et d’autres acteurs se sont engouffrés dans la brèche», constate Jeremy Douglas, cadre au Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime.
La guerre contre ces «fermes à arnaques» ne fait que commencer. Pour la Corée du Sud, ce combat dépasse la seule sécurité de ses ressortissants: il s’agit désormais de s’attaquer à une économie souterraine mondialisée, où les frontières s’effacent et où la violence sert de moteur à une industrie du crime d’un nouveau genre.
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