
Où en est-on des différents droits de douane de Donald Trump ? Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier, le président américain a déjà mis en place des droits de douane sectoriels (50 % sur l’acier et l’aluminium, 25 % sur l’automobile) au nom de la réindustrialisation nationale, et une surtaxe plancher quasiment universelle de 10 % sur les marchandises importées. Il compte relever cette surtaxe pour pénaliser encore plus les exportations de dizaines de pays ayant un excédent commercial avec les États-Unis.
Initialement, ces droits de douane dits « réciproques » devaient commencer à être collectées ce mercredi 9 juillet, après un précédent report, mais Donald Trump a signé lundi un décret pour les reporter au 1er août. Le président américain a commencé à envoyer des lettres aux partenaires commerciaux des États-Unis pour annoncer le sort qui leur sera réservé. Dans ces lettres, il assure que toute riposte sera sanctionnée par une surtaxe additionnelle de même ampleur. La Tribune fait le point sur les surtaxes et pourparlers en cours, un peu plus de trois semaines avant la nouvelle date butoir.
Un accord« dans les prochains jours »avec l’Union européenne
L’Union européenne, menacée par Donald Trump d’une surtaxe de 50 %, bien supérieure à son projet d’avril (20 %), espère pour sa part conclure un accord sur les droits de douane avec les États-Unis « dans les prochains jours », a affirmé ce mercredi un porte-parole de la Commission européenne. « Nous recherchons un cadre clair à partir duquel nous pourrons continuer à construire », a expliqué ce porte-parole.
« La conclusion d’un accord dépend maintenant de la volonté de trouver une issue acceptable pour les deux parties », a-t-il indiqué, soulignant que l’UE préférait « un accord négocié » mais qu’elle saurait défendre ses intérêts si ce n’était pas le cas.
L’UE a rapporté lundi qu’« un bon échange » téléphonique avait eu la veille entre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et Donald Trump. Selon des sources diplomatiques, les grandes lignes de cet accord porteraient sur des droits de douane américains de 10 % sur les importations européennes avec toutefois des exceptions. L’aéronautique, les alcools et les produits cosmétiques seraient ainsi exemptés, ont indiqué ces diplomates à Bruxelles.
Pour répondre aux préoccupations allemandes, des discussions sont également en cours sur d’éventuelles exemptions pour l’industrie automobile, qui pourraient être liées à une relocalisation d’une partie de la production.
Accords avec le Royaume-Uni et le Vietnam
À ce stade, deux accords ont été annoncés, avec le Royaume-Uni et le Vietnam. En mai, Londres et Washington ont conclu un accord prévoyant la réduction de 27,5 % à 10 % des droits de douane sur les voitures (dans la limite de 100 000 véhicules par an). Il inclut également une baisse des droits, aujourd’hui de 10 %, sur le secteur aérospatial, comme par exemple sur les moteurs d’avion du fleuron britannique Rolls Royce.
Londres négocie toujours en parallèle les exemptions de droits pour l’acier et l’aluminium, prévues dans l’accord annoncé en mai, contre 25 % actuellement. Par ailleurs, le reste des importations de produits manufacturiers britanniques reste soumis aux nouveaux droits de douane de 10 % imposés par Donald Trump au Royaume-Uni, comme à d’autres pays.
Les États-Unis ont également accepté d’abandonner leur projet de surtaxer à 46 % les produits « made in Vietnam », taux prohibitif qu’ils justifiaient par leur déficit commercial de 123 milliards de dollars en 2024 – le troisième plus important après la Chine et le Mexique. Les importations en provenance du Vietnam ne seront finalement frappées que d’une surtaxe de 20 %, taux cependant doublé à 40 % pour les produits conçus ailleurs qui ne font que transiter par le pays, par des méthodes dites de transbordement.
Un accord commercial également signé avec la Chine
Concernant la Chine, Pékin a d’abord été visé par 10 %, puis 20 % de surtaxe. Celle-ci a été justifiée par le rôle joué par des Chinois, selon Washington, dans la production de fentanyl, un opioïde à l’origine d’une grave crise sanitaire aux États-Unis. Début avril, Pékin et Washington se sont engagés dans une guerre commerciale à coups de taxe sur leurs produits respectifs, jusqu’à des niveaux exorbitants, bien au-delà de 100 %.
Ils ont ensuite fait descendre la température un mois plus tard à Genève. Les deux parties ont décidé mi-mai de réduire drastiquement ces surtaxes douanières de 145 % à 30 % pour les produits chinois et de 125 % à 10 % pour les produits américains, pour une durée 90 jours. Cette trêve devrait donc prendre fin le 12 août.
Fin juin, Donald Trump a déclaré lors d’un événement que Washington « venait de signer » un accord concernant le commerce avec la Chine, sans donner plus de détails. Un responsable américain a précisé que les deux parties avaient validé un accord qui porte notamment sur l’accélération des expéditions de terres rares vers les États-Unis. La Chine a annoncé avoir « confirmé » avec les États-Unis le cadre de leur accord commercial, assurant que Washington lèverait des restrictions à son encontre et que Pékin pourrait valider l’exportation de plus d’articles soumis à contrôle.
25 % pour la Corée du Sud
Plus généralement l’Asie est la première cible des lettres de Donald Trump. Déjà plombé par les surtaxes sectorielles ciblant l’acier et l’automobile, Séoul est menacé d’une majoration de 25 % sur le reste de ses exportations mais affiche un optimisme prudent. « Les États-Unis ont convenu (…) qu’il restait encore du temps avant l’entrée en vigueur et espèrent que les deux parties pourraient parvenir à un accord d’ici là grâce à une communication étroite », a indiqué Séoul mardi. La Corée du Sud, champion de la construction navale après la Chine, promet sa coopération dans ce domaine : « Les deux pays se sont entendus pour collaborer étroitement » en vue de « résultats tangibles » dans ce secteur.
25 % pour le Japon
Proche allié de Washington et première source d’investissements étrangers aux États-Unis, pâtissant déjà de droits à 25 % sur son industrie automobile, le Japon pourrait écoper de surtaxes « réciproques » relevées à 25 % (contre 24 % précédemment), loin des 35 % dont Donald Trump l’avait récemment menacé. Ce dernier reproche au Japon de ne pas ouvrir assez son marché au riz et aux véhicules américains.
Or, gonfler les importations de riz est un tabou pour le gouvernement du Premier ministre Shigeru Ishiba, qui assure défendre les intérêts des agriculteurs locaux et adopte un ton intransigeant avant une élection à la chambre haute du Parlement le 20 juillet, périlleuse pour sa majorité. « Le gouvernement japonais a évité les compromis faciles, exigeant fermement et protégeant ce qui devait l’être », a réagi mardi Shigeru Ishiba, jugeant « fondamentalement regrettable » l’ultimatum américain.
32 % pour l’Indonésie
L’Indonésie est menacée de droits de douane de 32 %. Elle entend augmenter ses importations agricoles et énergétiques en provenance des États-Unis pour conclure un accord, a récemment indiqué à l’AFP son ministre de l’Économie, Airlangga Hartarto.
Déjà, Jakarta a annoncé lundi signer un accord pour importer au moins un million de tonnes de blé américain par an sur les cinq prochaines années. Mardi, Airlangga Hartarto était en chemin vers les États-Unis pour rencontrer ses homologues américains, selon un communiqué du ministère. « Nous avons plusieurs semaines pour négocier et notre nation, notre gouvernement, est très optimiste à ce sujet, car nous savons que nous avons de bonnes relations avec tous les pays, y compris les États-Unis », a déclaré Hasan Nasbi, porte-parole du gouvernement, à la presse mardi.
36 % pour le Cambodge
Début avril, Donald Trump avait annoncé 49 % de droits sur le Cambodge, un des taux les plus élevés décrétés. La lettre de lundi ramène ce taux à 36 % pour le petit pays, qui compte de nombreuses usines à capitaux chinois. Le Premier ministre Hun Manet avait assuré à la Maison-Blanche de la « bonne foi » de Phnom Penh pour négocier, avec la réduction de droits de douane sur 19 catégories de produits américains… Peu avant une visite en grande pompe du président chinois Xi Jinping dans le pays.
40 % pour la Birmanie et Laos
La Birmanie et le Laos sont eux tous deux taxés à 40 %. Les deux pays sont très dépendants des investissements chinois, avec des chaînes de production intriquées avec celles du géant asiatique. Washington pointe avec insistance le risque de « transbordement » de produits chinois transitant par d’autres pays d’Asie du Sud-Est, inquiétude évoquée dans les courriers de Donald Trump.
36 % pour la Thaïlande
La Thaïlande est menacée de droits de douane à 36 %. Le Premier ministre thaïlandais par intérim Phumtham Wechayachai a déclaré mardi qu’il souhaitait un « meilleur accord » avec les États-Unis. « Le plus important, c’est que nous conservions de bonnes relations avec eux », a-t-il ajouté.
Bangkok propose un meilleur accès à son marché pour les produits agricoles et industriels américains, et en gonflant ses achats énergétiques et aéronautiques. La dernière proposition de Bangkok vise à accroître le volume des échanges bilatéraux et à réduire de 70 % l’excédent commercial avec les États-Unis d’ici cinq ans, pour atteindre l’équilibre d’ici sept à huit ans, a récemment indiqué le ministre des Finances, Pichai Chunhavajira, à Bloomberg News. La compagnie Thai Airways pourrait s’engager à acheter jusqu’à 80 avions Boeing, selon Bloomberg.
25 % pour la Malaisie
La Malaisie, économie tiraillée entre Chine et États-Unis et visée à 25 %, a indiqué mardi « s’engager à poursuivre le dialogue en vue d’un accord commercial équilibré, mutuellement bénéfique et global ». « Bien que reconnaissant les préoccupations concernant les déséquilibres commerciaux et l’accès au marché, nous pensons qu’un dialogue constructif reste la meilleure voie à suivre », déplore Kuala Lumpur.
35 % pour le Bangladesh
Le Bangladesh, deuxième fabricant mondial de textile, est menacé de droits prohibitifs de 35 %. Dacca espérait cependant début juillet signer un accord. « Nous avons finalisé les termes », avait assuré à l’AFP le secrétaire du ministère bangladais du Commerce, Mahbubur Rahman, précisant que les négociateurs des deux pays devaient se retrouver le 8 juillet pour conclure leurs travaux.
Autres pays visés
Kazakhstan (surtaxes de 25 %), Afrique du Sud (30 %), Tunisie (25 %), Serbie (35 %) et Bosnie (30 %) figurent parmi les autres destinataires des lettres rendues publiques.
Outre ces différents droits de douane, Donald Trump a affirmé ce mardi qu’il envisageait d’imposer une surtaxe de 200 % sur les produits pharmaceutiques importés aux États-Unis, et de 50 % sur le cuivre, dans l’espoir de voir s’installer des usines sur le sol américain. « Nous annoncerons bientôt quelque chose sur les produits pharmaceutiques. Nous donnerons aux gens un an, un an et demi, pour venir ici et après cela ils auront des droits de douane », a déclaré le président américain en conseil des ministres. Il a ajouté que cela pourrait atteindre « quelque chose comme 200 % ». « Je pense que le droit de douane sur le cuivre, on le mettra à 50 % », a-t-il aussi répondu à des questions de journalistes.
(Avec AFP)
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