Il paraît que la vengeance est un plat qui se mange froid. Khieu Saran peut en témoigner : désormais juge d’instruction chargé de traquer les anciens cadres du régime des Khmers rouges, dont la dictature s’est étalée de 1975 à 1979, il a lui-même vécu l’arrivée de leurs troupes à Phnom Penh au Cambodge où il vivait avec son oncle. Commençait alors l’exode imposé des habitants de la capitale. Les deux hommes, séparés, étaient emmenés dans des camps de « rééducation ». Très vite, cet adolescent de 17 ans était devenu le bouc-émissaire du « camarade » Vorn, qui faisait régner la terreur dans cette prison en pleine campagne. Pourtant, l’amour avait aussi trouvé sa place dans ce lieu de mort. Un signe d’espoir pour Khieu Saran, qui espérait changer le cours du destin pour lui et celle qu’il aimait en secret…

Une main vers le ciel de Jean-Christophe Boccou – ©
« Une main vers le ciel » de Jean-Christophe Boccou est l’un des rares polars sur la dictature des Khmers rouges au Cambodge
Voici pour la première partie révoltante d’Une main vers le ciel de Jean-Christophe Boccou, paru le 5 février 2026 aux éditions de la Manufacture de livres. Après avoir ancré ses précédents romans en Haïti et en Albanie, l’auteur originaire de Brest s’est cette fois penché sur l’Histoire douloureuse du Cambodge sous la dictature de Pol Pot qui a fait entre 1,7 et 2,2 millions de victimes. Des massacres malheureusement peu documentés, ce qui contribue un peu plus aux tabous et au traumatisme d’un peuple décimé d’un tiers de ses individus. « La période des Khmers rouges est assez méconnue en France », expliquait-il le 13 février dernier au Télégramme brestois. C’est en lisant un article sur l’avocat Jacques Vergès, conseil du numéro 2 du régime Khieu Samphan, et en visionnant le film La Déchirure de Roland Joffé (dont le rôle principal Haing S. Ngor fut lui-même un survivant des « champs de la mort ») que Jean-Christophe Boccou avait trouvé le sujet de son troisième roman. « Je me suis dit : ‘Pars là-dessus’. Il y a peu de polars qui se situent à cette époque », se souvient-il.
« Une main vers le ciel » de Jean-Christophe Boccou : un thriller très rythmé entre le drame historique et le roman d’action
Mais Une main vers le ciel n’est pas seulement un roman historique. Si le personnage de Khieu Saran œuvre désormais pour le tribunal pénal international, créé en 2001 par l’ONU et le gouvernement royal cambodgien, il tombe un jour nez à nez avec sa fille adoptive, Sokha, qui avait jusque-là disparu de sa vie. Devenue tueuse à gages, elle a un message à transmettre de la part de son patron : et si Vorn, bourreau de Khieu Saran, était à portée de main, bien installé et bien entouré en France ? A mi-chemin entre le drame et le roman d’action, ce texte s’avère court mais… calibré ! Un parti pris totalement assumé par Jean-Christophe Boccou : « La vengeance est un terreau passionnant pour un romancier, c’est un sentiment qui nous touche tous, à tous les niveaux. J’essaie d’attraper le lecteur, peut-être en flattant ses bas instincts. » Mais attention aux étincelles…
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