
Des affrontements frontaliers d’une intensité rare ont opposé, jeudi 24 juillet, la Thaïlande et le Cambodge : des avions de combat thaïlandais ont frappé des cibles militaires cambodgiennes, et des tirs d’artillerie et de roquettes attribuées au camp opposé ont tué au moins 12 personnes, selon Bangkok.
Les deux royaumes d’Asie du Sud-Est se déchirent de longue date sur le tracé de leur frontière commune, mais cela faisait quinze ans que des affrontements aussi violents n’avaient pas secoué la région. Les deux pays sont engagés dans un bras de fer depuis la mort d’un soldat khmer à la fin de mai, lors d’un échange de tirs nocturne dans une zone contestée surnommée « Triangle d’émeraude ».
Les tensions accumulées durant des semaines de provocations et de représailles, qui ont affecté l’économie et le sort de nombreux habitants des régions concernées, ont culminé jeudi matin, à la suite d’un nouvel échange de coups de feu près de vieux temples disputés, au niveau de la province thaïlandaise de Surin et celle cambodgienne d’Oddar Meanchey. Les deux armées se sont mutuellement accusées d’avoir fait feu en premier.
L’armée thaïlandaise a affirmé que ses adversaires avaient tiré en premier vers 8 h 20 (3 h 20 à Paris) à environ 200 mètres de la base thaïlandaise, après qu’un drone eut survolé la zone contestée et que six soldats cambodgiens armés se fussent approchés d’une clôture barbelée.
De son côté, la porte-parole du ministère de la défense cambodgien, Maly Socheata, a accusé l’armée thaïlandaise d’avoir « violé l’intégrité territoriale du Cambodge en lançant une attaque armée sur les forces cambodgiennes ». « Les forces armées cambodgiennes ont exercé leur droit de légitime défense, en pleine conformité avec le droit international, pour repousser l’incursion thaïlandaise », a-t-elle assuré.
Appel à l’ONU
Le ministère de la santé thaïlandais a fait état de 12 morts, dont 11 civils, et 35 blessés. Huit civils ont été tués dans la province de Sisaket, où une attaque à la roquette a touché une supérette près d’une station-service.
Des images relayées sur les réseaux sociaux ont montré une supérette thaïlandaise en flammes. La plupart des victimes sont des étudiants, selon des responsables provinciaux. Par ailleurs, un enfant de 8 ans a perdu la vie dans la province de Surin, selon les autorités. Des obus ont aussi touché un hôpital d’une trentaine de lits à Phanom Dong Rak, dans la province de Surin, près de la frontière, provoquant l’effondrement partiel du toit.
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La Thaïlande a également déployé six avions de combat F-16 pour frapper « deux cibles militaires cambodgiennes au sol », a déclaré le porte-parole adjoint des forces armées, Ritcha Suksuwanon. L’ambassade thaïlandaise au Cambodge a appelé ses concitoyens à quitter le pays « le plus tôt possible ». Le premier ministre thaïlandais par intérim, Phumtham Wechayachai, a déclaré que « la situation exigeait une gestion prudente » et d’« agir conformément au droit international ». « Nous ferons de notre mieux pour protéger notre souveraineté », a-t-il déclaré.
Le ministère des affaires étrangères cambodgien a condamné, de son côté, l’« agression militaire » thaïlandaise. Le premier ministre, Hun Manet, a partagé, sur Facebook, une lettre qu’il a adressée au président du Conseil de sécurité de l’ONU, dans laquelle il dénonce les attaques « non provoquées, préméditées et délibérées » de la Thaïlande, réclamant une réunion « d’urgence » du Conseil de sécurité.
La Chine s’est dite « profondément préoccupée » par les affrontements et a exhorté le Cambodge et la Thaïlande à résoudre leur différend frontalier par le dialogue. Elle aussi a déconseillé à ses ressortissants de voyager dans la zone frontalière entre les deux pays.
De son côté, le premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, dont le pays préside actuellement l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), qui comprend le Cambodge et la Thaïlande, a appelé les deux pays à la « retenue » : « Le moins que l’on puisse espérer, c’est qu’ils se retirent et, espérons-le, tentent d’entamer des négociations. »
L’Union européenne et les Etats-Unis ont appelé jeudi à une « cessation immédiate des hostilités ». « Nous sommes très préoccupés par l’escalade de la violence le long de la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, et profondément attristés par les informations faisant état de dommages causés à des civils », a déclaré à la presse le porte-parole adjoint du département d’Etat américain, Tommy Pigott.
« Guerres du passé »
Le Cambodge a annoncé avoir rétrogradé au « plus bas niveau » les relations diplomatiques avec son voisin. La veille, Bangkok a rappelé son ambassadeur en place à Phnom Penh et expulsé de son territoire l’ambassadeur cambodgien, après qu’un soldat thaïlandais a perdu une jambe en marchant sur une mine à la frontière.
Une enquête de l’armée thaïlandaise a permis de déterminer que le Cambodge avait posé de nouvelles mines terrestres à la frontière, ont assuré les autorités thaïlandaises. Le Cambodge a rejeté ces accusations, et avancé que des zones frontalières restaient infestées de mines actives datant de « guerres du passé ».
Les tensions ont conduit le Cambodge à suspendre l’importation de certains produits thaïlandais, et la Thaïlande à restreindre les déplacements aux points de passage à la frontière.
Elles ont aussi provoqué de manière indirecte la suspension de la première ministre thaïlandaise Paetongtarn Shinawatra, à la suite d’un scandale provoqué par la fuite, côté cambodgien, d’un appel téléphonique passé à Hun Sen, qui a gouverné le Cambodge pendant près de quarante ans. Accusée de manquements à l’éthique, elle attend la décision de la Cour constitutionnelle qui peut la destituer.
L’épisode moderne le plus violent lié à la frontière remonte à des affrontements autour du temple de Preah Vihear entre 2008 et 2011, qui avaient fait au moins 28 morts et des dizaines de milliers de déplacés.
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