
Suy SE / AFP
Formés il y a plusieurs millions d’années du fait de l’érosion due à la pluie, les paysages karstiques ont pour caractéristiques d’être criblés de trous à l’extérieur et pour cacher à l’intérieur des grottes et des tunnels. La fameuse baie d’Halong au Vietnam et ses îles karstiques en sont l’un des exemples les plus connus.
Chaque cavité peut renfermer des trésors de biodiversité, note Lee Grismer, professeur à l’université américaine La Sierra. « Des espèces se développent dans ces environnements rocheux », relève ce spécialiste des geckos.

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En juillet, d’autres scientifiques et lui se sont rendus à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande pour étudier des roches karstiques en vue, à terme, de sensibiliser le public à leur protection.
Grenouilles, serpents, geckos
À la nuit tombée, lorsque la cohorte de chauves-souris qui vivent dans les interstices de karst est sortie chasser, les scientifiques armés de lampes frontales cherchent tout semblant de vie animale dans ce massif de Phnom Proek, dans l’ouest du pays. Là, une araignée de la taille d’une assiette, ou, ici, un scorpion qui se précipite sous un rocher avec sa progéniture sur le dos. Le karst est riche en grenouilles, serpents et geckos.

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Parmi les quelque 40 spécimens collectés en une seule nuit, trois semblent être des découvertes : un grand gecko moucheté, un autre à orteils courbés et queue rayée, et un gecko à orteils palmés.

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Pour déterminer si ces espèces sont connues, les scientifiques les placent d’abord dans un sac contenant suffisamment d’air pour les garder vivants, puis les photographient dans leur chambre d’hôtel. Les prendre en photo dans leur milieu naturel serait risqué : « Ces animaux peuvent s’échapper et vous perdez votre nouvelle espèce », précise Lee Grismer. Même dans la chambre, certains s’enfuient et se faufilent derrière un réfrigérateur ou dans la salle de bains.
Chaque spécimen est ensuite euthanasié, étiqueté et mesuré. Le foie riche en ADN sert au séquençage, qui permet de déterminer s’il était déjà connu de la science. Enfin, on injecte du formaldéhyde avant de le disposer dans une boîte.

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Ce soir-là, les scientifiques dénichent aussi une sorte de vipère à tête verte, récemment découverte en Thaïlande mais qui n’avait pas encore été vue au Cambodge. « Super endroit ! » s’enthousiasme Lee Grismer, malgré les trous qui peuvent cacher des espèces venimeuses, le risque de tomber sur des mines antipersonnel, et les tensions frontalières. Le scientifique âgé de 70 ans a découvert des dizaines d’espèces durant sa carrière, avec toujours la même excitation, « la même émotion, intensité, puissance… qui reviennent en force ».
« Trésors nationaux »
Pour l’ONG Fauna & Flora, ces expéditions de recherche doivent convaincre le gouvernement de protéger davantage les zones karstiques du pays, ce que certains responsables au niveau local ont déjà compris. Mais à l’échelle nationale, l’enjeu est plus compliqué du fait de la demande croissante en ciment, et pour lequel le karst constitue un gisement de premier choix.
Le Cambodge en produit 11 millions de tonnes par an, a indiqué le Premier ministre Hun Manet en mai, saluant un secteur d’activité ayant créé de l’emploi et fait baisser les importations, tout en reconnaissant que l’extraction doit se faire de façon « responsable ».

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