Agen : Fanny Paloma, une enquête sur les « pilleurs de terre » et les mangeurs d’âmes

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Son documentaire, « Pilleurs de terre », sera projeté vendredi 27 mars à 18 heures, à Agen, au cinéma Les Montreurs d’Images, dans le cadre du festival Le Printemps des droits humains. C’est d’ailleurs lors de ce dernier festival que le journaliste Edwy Plenel lui a soufflé le titre de son film.

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Cinéaste, est-ce une vocation ?

J’ai travaillé pendant longtemps comme comédienne, mais j’ai aussi fait une école de journalisme, que je n’ai pas terminée. Je souhaitais surtout réaliser un documentaire sur les luttes pour la terre des communautés autochtones au Chili, les Mapuches. Puis, j’ai entendu parler des Bunongs, une communauté autochtone du Cambodge. Je suis allée sur place et j’ai constaté beaucoup de similitudes avec mon projet.

Que sont les « accapareurs de terre » qui menacent ces sociétés ?

Ce sont principalement des sociétés qui se permettent d’installer leur plantation ou leur mine et d’extraire ou de prélever un produit qui va probablement se retrouver en Europe. Elles ne se contentent pas de rendre la terre aride, sèche, non fertile en créant de la monoculture, mais elles détruisent aussi des cultures humaines. Il y a des communautés, des sociétés qui vivent autour de ces terres convoitées par ces compagnies et dont le mode de vie est ancré dans ce territoire, dont l’environnement peut servir de pharmacopée pour se soigner et qui ont un mode d’agriculture lié à ces territoires. En leur enlevant cela, on détruit leur cohésion sociale, on les fait tomber dans la pauvreté et on peut les obliger à se déplacer.

Pourquoi le choix du Cambodge et du Cameroun ?

Les communautés que j’ai rencontrées sont toutes deux concernées par des filiales de Socfin, basée au Luxembourg et elle-même filiale du groupe Bolloré. Socfin a des plantations d’huile de palme au Cameroun et de caoutchouc au Cambodge. C’est la loi française sur le devoir de vigilance, votée en 2017, qui a permis à ces populations d’identifier le groupe Bolloré et d’aller lui demander de comptes. Les Bunongs ont perdu un premier procès sur la forme, mais comme pour le Cameroun, les procès sur le fond n’ont pas encore eu lieu. Mais s’ils gagnent, peut-on rétrocéder une terre sur laquelle il y a eu de la monoculture pendant quinze ans ? Et les lieux sacrés, eux, ne reviendront pas.

Avez-vous subi des pressions lors du tournage ?

Pas vraiment parce que j’ai tourné avec une petite équipe, souvent à deux, et nous agissions rapidement et discrètement. Mais nous étions parfois logés dans des villages où les gens avaient peur de parler et étaient effrayés par la police locale. Au Cameroun, je me suis liée d’amitié avec une femme qui m’a introduite dans des villages reculés, entourés de champs de palme. Nous avions plutôt peur pour les gens qui nous parlaient. Je n’ai contacté le groupe Bolloré qu’à la fin, pour ne pas gêner le tournage, mais ça ne les intéressait pas.

C’est le mode de vie, voire l’existence même de certaines communautés qui sont en danger.
C’est le mode de vie, voire l’existence même de certaines communautés qui sont en danger.

Fanny Paloma

Le nom de Bolloré a-t-il fait peur à d’éventuels producteurs ou diffuseurs ?

À tous… Personnellement, sur cinq ans, je n’ai jamais rencontré de producteurs ou de diffuseurs qui ont voulu me suivre. Ce n’est qu’au moment de la postproduction que j’ai trouvé une coproduction qui m’a accompagnée pour terminer le film et qui s’est engagée à fond. Je propose le documentaire sur des plateformes (1), dans les cinémas et la première a eu lieu fin février. Pour l’instant, j’ai une quinzaine de dates en France et en Suisse. On y va au compte-goutte.

Fanny Paloma, également photographe, est allée à la rencontre des communautés visées par les « pilleurs de terre ».
Fanny Paloma, également photographe, est allée à la rencontre des communautés visées par les « pilleurs de terre ».

Fanny Paloma

Vous dites que ce n’est pas une enquête journalistique. Pourquoi ?

Tout ce que je raconte dans le film, je l’ai trouvé par des recherches qui sont publiques, c’est-à-dire que tout un chacun peut obtenir ces informations. Je me suis retrouvée avec 95 heures de rush et de quoi faire un film. J’avais énormément de témoignages de personnes qu’on n’entend jamais, tandis qu’il y avait déjà eu plusieurs reportages sur le groupe Bolloré. J’en suis aussi revenue des fantasmes que l’on peut avoir sur ces communautés : toutes ne sont pas animistes ou n’ont pas de relations magiques avec la nature.

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