
Au cœur de la rue Saint-Nicolas à Sablé-sur-Sarthe, une institution locale est à vendre : le restaurant chinois Soleil d’Asie. Aline et Nicolas Pravong aspirent à prendre leur retraite. Le restaurant reste ouvert le temps de trouver un acquéreur. Le couple cultive la discrétion depuis son installation à Sablé en 1991. Pour la première fois, émue, Aline Pravong a accepté de se confier sur la difficile histoire qui l’a menée de Phnom Penh au Cambodge en plein génocide jusqu’à Sablé-sur-Sarthe.
A l’heure de la mise en vente du restaurant Soleil d’Asie à Sablé-sur-Sarthe, Aline raconte sa fuite du Cambodge en 1980
« J’avais 13 ans en 1975 ». Cette même année, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh, la capitale du Cambodge, où vivent confortablement Aline, ses parents et cinq frères. « Mon père était architecte et mon frère aîné étudiant ». La vie de la famille bascule dans la terreur. Les intellectuels sont envoyés travailler dans les champs. Le début d’un génocide qui fera trois millions de morts.
Aline peine à poursuivre son récit.
« Pendant trois ans, nous avons dû travailler dans les champs, du travail forcé. Des gens étaient massacrés, mon père a été tué et mon frère aussi ».
La seule possibilité pour survivre : parvenir à fuir. « On a mis du temps. On était loin dans la campagne ».
Trois ans de terreur avant de parvenir à fuir
Après trois ans de terreur, la famille parvient à rejoindre un camp de réfugié en Thaïlande. « Nous y sommes restés pendant un an puis six mois dans un camp en Indonésie ». Avec l’aide de Médecins Sans Frontières, la famille d’Aline parvient à se réfugier en France. Les images sont encore bien présentes dans sa mémoire. « Peu importait le pays pourvu que l’on parvienne à fuir ».
Sans maîtriser un mot de français, ils arrivent à Paris et sont d’abord logés dans un foyer de jeunes travailleurs.
« On nous a distribué des vêtements », se rappelle-t-elle. Elle choisit un prénom français et abandonne Sethavy pour Aline « comme la chanson de Christophe ».
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Une nouvelle vie près de Nancy
Peu après, la famille est envoyée à Toul, près de Nancy pour y commencer une nouvelle vie. « On était soulagé mais c’était très difficile ». Tout juste majeurs, Aline et son frère doivent travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. « Mes autres frères avaient six, huit et dix ans ». Après des ménages et des gardes d’enfant, elle cherche un emploi à Paris avec son frère. « Mon oncle y habitait. On a logé chez lui ». Aline trouve un emploi dans une usine à La Courneuve.
« Il y avait plus de 1 000 salariés. On y faisait des toiles pour poncer ».
Après six mois, elle décroche un logement assez grand pour y faire venir sa mère et ses frères. Aline et son frère ont porté toute la famille. Un éclair de satisfaction brille un instant dans ses yeux. « Mes trois frères ont pu faire des études. Ils sont aujourd’hui ingénieurs ».
En 1991, le couple rachète un restaurant à Sablé et doit faire ses preuves
Quelques années après, comme il était de coutume, Aline est présentée à son mari, Cambodgien également, Nicolas Pravong. Quelques années avant, il était parvenu à fuir le régime des Khmers rouges, en « traversant le Mékong à la nage », avant que le pays ne soit entièrement bloqué.
Réfugié en France, il était parvenu à ouvrir un restaurant à Vitré, à proximité de Rennes. « Lui était cuisinier, moi j’ai alors été formée pour faire le service ». Le couple se marie en 1988 et naissent deux filles.
« C’était un petit restaurant, on voyait plus grand », se rappelle Aline. En 1991, le couple rachète un restaurant chinois, rue de l’île à Sablé. Les débuts sont difficiles. Leur prédécesseur n’avait tenu que quelques mois et n’avait pas laissé un grand souvenir. Difficile également car « à cette époque, les gens connaissaient peu et disait on y mange, du serpent, du chat, du chien… » Le couple doit faire ses preuves.
« On n’a pas changé les recettes »
Soleil d’Asie se fait, par le bouche à oreille, un nom et une réputation. Pierre Péan, célèbre journaliste d’investigation et sabolien baroudeur en parlait comme du meilleur restaurant chinois qu’il connaissait.
« On n’a pas changé les recettes ». Et le succès ne s’est jamais démenti. Le couple a eu jusqu’à deux salariés avant de travailler de nouveau à deux. Un autre restaurant s’est installé à l’entrée de Sablé route de La Flèche. De la concurrence mais le restaurant a toujours conservé une clientèle fidèle.
A 67 ans, Nicolas Pravong pourrait être en retraite depuis plusieurs années. Il attendait son épouse.
« J’ai 64 ans, je peux être en retraite cette année alors on a décidé de vendre »
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Le restaurant en vente mais il reste ouvert
L’immeuble et le restaurant ont été mis en vente voici quelques semaines. Le restaurant reste ouvert. Aline et Nicolas Pravong continuent de travailler le temps de céder. « On aimerait que le repreneur continue de faire ce que l’on fait, on pourrait le former mais on verra bien », souffle la Sabolienne.
Quand l’heure sera venue de fermer les portes, le couple restera habiter à Sablé pour ne pas s’éloigner de ses deux filles et de ses trois petits enfants.
Sur les épreuves, Aline et Nicolas Pravong se sont construit leur vie à Sablé. « Nous sommes retournés deux fois au Cambodge avec les enfants pour montrer le pays. On n’a plus rien là-bas. Notre vie est ici ».
Pratique
L’agence en charge de la vente de l’immeuble et du restaurant : IAD : 06-34-25-09-19
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