Historique

 

Historique

 

 

Introduction

Protectorat français de 1863 à 1949, Etat indépendant à partir de 1953, le Cambodge est passé sous le règne du prince Sihanouk de 1949 à 1969, pratiquant un « socialisme d’inspiration bouddhiste ».

Le parti communiste des khmers rouges (PCK), surgeon du très vietnamisé Parti Communiste Indochinois, s’est développé comme force d’opposition à Sihanouk.

A partir de 1967, cette opposition devient une lutte armée, menée par Pol Pot, s’appuyant sur les révoltes locales de paysans, exaspérés par les exactions du régime. En 1970, un coup d’Etat du général pro-américain Lon Nol évince le prince Sihanouk qui rejoint ses anciens ennemis, les Khmers rouges, dans la lutte contre Lon Nol, avec le soutien des Vietcongs, de la Chine et d’autres mouvements de rebelles cambodgiens. La présence du prince dans ce mouvement de résistance contribue à en accroître la légitimité internationale et facilite grandement le recrutement de combattants dans la population rurale.

En avril 1975, Lon Nol, jusque là soutenu à bout de bras par le gouvernement américain, doit se rendre. Les Khmers rouges prennent le pouvoir et se tournent rapidement contre tous leurs anciens alliés. Le régime khmer rouge débute avec l’évacuation forcée de Phnom Penh (17 avril 1975) et de toutes les villes du pays, sous prétexte de risque de raids aériens américains. Le régime de Pol Pot est caractérisé par les déplacements massifs de population, l’élimination de l’élite intellectuelle, le travail forcé, la famine, la paranoïa, la généralisation de la torture et des exécutions sommaires, le génocide. Dans cet Etat totalitaire et fermé au monde extérieur, seule l’écoute collective de l’unique radio du régime était autorisée, toute autre forme d’information ou d’éducation étant interdite. En outre, tout citoyen soupçonné d’avoir été fonctionnaire ou militaire avant la prise de pouvoir par les Khmers rouges était arrêté, torturé et le plus souvent, exécuté. Le camp de torture Tuol Sleng, ou S-21, où 14 499 prisonniers ont été détenus n’a laissé que quatre survivants.

 

Idéologie

L’idéologie des Khmers rouges a des traits de parenté avec ceux fondant la Révolution Culturelle Chinoise. Sur le plan économique, Khieu Sampan argumentait déjà en 1959 dans sa thèse de doctorat que l’ économie cambodgienne ne pouvait devenir autonome que si elle s’isolait de l’économie internationale. Le développement agricole devait fournir une base pour l’industrie, 80% de la population urbaine n’étant, selon lui, pas productive. Elle devait être transférée dans l’agriculture en coopératives. Le régime khmer rouge a effectivement tenté de mettre en œuvre ces idées.

 

Le nombre de victimes

L’estimation du nombre de victimes du régime Khmer rouge soulève, pour les chercheurs, un problème historiographique d’interprétation majeur (faut-il compter les victimes de Lon Nol et des bombardements américains ?), aggravé par la grande pauvreté des sources, qui se limitent aux témoignages oraux et aux archives de S-21. Les chiffres varient de 1,3 jusqu’à 2,3 millions de morts, soit 17 à 30% de la population cambodgienne d’alors. L’utilisation de ces chiffres, majorés ou minorés selon l’intérêt politique de ceux qui les avancent, doit être faite avec prudence. Il est cependant indéniable que l’ampleur de la tuerie n’a absolument rien de comparable à ce qu’on a connu sous d’autres régimes communistes (environs 8% de pertes dans la population en URSS, en 35 ans ; entre 7% et 12% des Chinois victimes de l’ère Mao Zedong, en une trentaine d’années ; des chiffres inférieurs partout ailleurs, sauf en Corée du Nord).

 

Hostilité interne et externe

Sur le plan interne, les Khmers rouges étaient eux mêmes très divisés. En 1975, six armées khmères rouges différentes ont pris Phnom Penh, donnant des ordres et des contrordres. Le Cambodge des Khmers rouges était divisé en régions autonomes. Sur le plan externe, le Kampuchéa démocratique coupa dès 1975 unilatéralement tout lien diplomatique avec la quasi-totalité des Etats, après avoir expulsé jusqu’au dernier de leur ressortissants. Pendant toute la durée du régime, et jusqu’à l’effondrement final du mouvement khmer rouge en 1999, l’ennemi extérieur (Amérique, Vietnam) était instrumentalisé pour cimenter la population autour du Parti communiste khmer et justifier les mesures les plus meurtrières. Les Khmers rouges étaient particulièrement hostiles à l’égard du Vietnam et lancèrent de fréquentes incursions armées en territoire vietnamien avec l’idée d’obtenir une rectification des frontières. Des mouvements de résistance contre les Khmers rouges s’organisèrent parmi les quelques 180.000 réfugiés cambodgiens au Vietnam (en 1978).

 

L’invasion vietnamienne

Le 25 décembre 1978, l’armée Vietnamienne envahit le Cambodge, renverse le régime khmer rouge et impose une administration provietnamienne. Après cette « libération » du Cambodge par l’armée vietnamienne, les Etats-Unis remettent les Khmers rouges sur pied pour lutter contre l’hégémonisme soviétique représenté par les Vietnamiens. En juin 1982, par les accords de Kuala Lumpur, les troupes royalistes de Sihanouk et les troupes nationalistes de Son Sann, s’allient à leurs anciens bourreaux. Selon les termes de ces accords, les Khmers rouges représentaient le Cambodge à l’ONU. Plusieurs mouvements de résistance s’organisent contre le régime vietnamien : Khmers rouges, partisans du prince Sihanouk et le Front national de libération du peuple khmer (FNLPK). Repliés dans des camps de réfugiés sur le territoire de la Thaïlande, ils multiplient leurs offensives dans les régions frontalières, provoquant en réplique des bombardements vietnamiens sur les camps. Les Khmers rouges étaient parvenus à entraîner avec eux dans les montagnes des centaines de milliers de civils, soit par la force, soit en faisant courir le bruit que les Vietnamiens massacraient les hommes et violaient les femmes. Dans les camps de réfugiés, ces civils étaient confrontés à la famine, à la corruption, aux vols, aux tueries, aux maladies. Ces douze ans de guerre dite « de basse intensité » firent de 30 000 à 40 000 victimes. Par ailleurs, le chaos économique dans lequel le Cambodge était plongé depuis 1975 perdurait. Le gouvernement vietnamien a fini par se lasser de cette occupation dont le coût devenait insupportable, alors que l’économie du Vietnam traversait une crise aiguë. En outre, le conflit cambodgien privait le Vietnam de toute aide internationale ou bilatérale autre que celle de l’Union soviétique et de ses alliées. Les difficiles négociations entre les parties belligérantes et les puissances régionales et mondiales (Australie, Chine, Etats-Unis, Russie,…) commencent en 1987 et aboutissent à la signature des accords de Paris en 1991, qui placent le Cambodge sous tutelle des Nations unies, jusqu’à l’organisation d’élections libres. Ces élections sont organisées en 1993 malgré d’énormes difficultés, dont un prévisible boycott khmer rouge. Les résultats témoignent d’un pays divisé. Le Funcinpec royaliste gagne contre le parti communiste avec 47% des suffrages. La guerre civile entre l’armée cambodgienne et Khmers rouges continue jusqu’en 1999. Suivant leurs leaders Khieu Samphan et Nuon Chea, les Khmers rouges restant se rendent et reconnaissent l’autorité de Hun Sen. La situation aujourd’hui reste particulièrement difficile pour la population cambodgienne. L’économie a été ruinée par les décennies de conflits. L’élite intellectuelle a été éliminée par les Khmers rouges et la population n’a jamais eu l’occasion de faire le deuil du génocide.

 

Sources

« Le génocide dans l’histoire khmère » entretien avec François Ponchaud – dans Esprit (1940), n°1, 2002, pp. 42-51 Suriya Chindawongse, “Pol Pot’s Strategy of Survival” – dans The Fletcher Forum of World Affairs, Vol. 15, n°1, 1991, pp. 127-145 Jean-Yves Madec, Civilisations étrangères – tome 1, Ministère de l’économie et des finances, 1994 Jean-Louis Margolin, « Le Cambodge des Khmers rouges : de la logique de guerre totale au génocide » – dans Vingtième siècle (Paris), vol. 77, janvier/février 2003, pp. 3-18 Rosemary H T O’Kane, “Cambodia in the zero years : rudimentary totalitarianism” – dans Third World Quarterly, vol. 14, n°4, 1993, pp. 735-749

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